Vendre sa lessive et ses produits ménagers faits maison
La lessive maison au savon de Marseille, les pastilles lave-vaisselle à l'acide citrique, le spray vinaigre-huile essentielle : ces recettes circulent partout. Les vendre est une autre affaire. Le produit devient un détergent ou un mélange chimique mis sur le marché, avec des obligations précises. Voici ce qu'il faut savoir avant la première vente, et les pièges qui coûtent cher.
Quel cadre pour quel produit ?
Le règlement (CE) 648/2004 s'applique aux produits contenant du savon ou d'autres tensioactifs destinés au lavage et au nettoyage. Le règlement CLP s'applique à tout mélange, qu'il soit détergent ou non.
| Produit | Détergent (648/2004) ? | Point d'attention CLP |
|---|---|---|
| Lessive au savon râpé et cristaux de soude | Oui (savon) | Savon et carbonate de sodium : souvent H319 |
| Lessive au savon + percarbonate | Oui | Percarbonate : souvent H318 |
| Pastilles lave-vaisselle (acide citrique, carbonate, percarbonate) | Oui si elles contiennent un tensioactif | Souvent H318 ou H319 |
| Liquide vaisselle au savon noir | Oui | Selon savons et parfum |
| Spray vinaigre + huile essentielle, sans tensioactif | En principe non | Vinaigre à 10 % d'acide acétique ou plus : H315/H319 ; huile essentielle : EUH208 ou H317 |
| Bicarbonate de soude en vrac | Non | En général non classé |
Un produit sans tensioactif échappe en principe au 648/2004, mais pas au CLP ni aux règles générales de sécurité. Pour le cadre d'ensemble, voir réglementation des détergents.
Les obligations d'un détergent fait maison
- Tensioactifs biodégradables : conservez la preuve (déclaration fournisseur, résultats d'essai) pour chaque tensioactif. Pour un savon que vous fabriquez, gardez la trace des huiles et du procédé.
- Étiquette annexe VII : dénomination, vos coordonnées complètes, contenu par tranches (« savon 30 % et plus », « agents de blanchiment oxygénés 15 % ou plus, mais moins de 30 % »…), parfums, conservateurs, allergènes au-delà de 0,01 %, mode d'emploi. Voir étiquetage d'un détergent.
- Dosage des lessives : quantités en ml ou g pour une charge normale (4,5 kg de linge sec) selon la dureté de l'eau, et nombre de lavages par emballage. Cela suppose de tester votre lessive.
- Liste des composants publiée sur votre site, à une adresse indiquée sur l'emballage.
- Fiche pour le personnel médical à fournir gratuitement et sans délai sur demande.
- Phosphates : si votre formule en contient, respectez les plafonds (0,5 g de phosphore par dose de lessive, 0,3 g par dose de lave-vaisselle, pour le grand public).
Le vrai piège : la classification CLP
Les ingrédients « naturels » des recettes maison ne sont pas anodins pour les yeux.
- Percarbonate de sodium (« percarbonate de soude ») : classé par ses fabricants H272 (peut aggraver un incendie ; comburant), H302 (nocif en cas d'ingestion), H318 (lésions oculaires graves). À partir de 3 % dans la formule, la lessive devient en général H318, pictogramme corrosion, mention « Danger ».
- Carbonate de sodium (« cristaux de soude ») : classé H319 (classification harmonisée). À 10 % ou plus, le mélange est H319.
- Acide citrique : classé irritant oculaire (H319) par ses fournisseurs.
- Vinaigre : l'acide acétique a des limites de concentration spécifiques harmonisées : H315 et H319 dès 10 %, corrosif (H314) à partir de 25 %. Un vinaigre ménager concentré n'est donc pas neutre.
- Huiles essentielles : sensibilisantes pour la plupart ; au-delà de 0,1 %, EUH208 ; à 1 % et plus, H317. Certaines ajoutent H304 si elles sont très présentes.
Une fois classé, le produit exige : un bloc CLP sur l'étiquette, une notification aux centres antipoison avec UFI (voir UFI et PCN), une FDS pour vos revendeurs (voir FDS d'un détergent). Et depuis le 1er juillet 2026, un produit H318 ou H317 ne peut plus être vendu en station de recharge. Le calcul pas à pas est dans classer un mélange détergent.
Un détail qui change tout : ces seuils s'appliquent à la formule telle que vendue. Une lessive en poudre contenant 20 % de percarbonate ne devient pas « non classée » parce que le client la dilue ensuite dans le tambour. Seul le produit dans son emballage compte.
Attention aussi au caractère comburant : une lessive riche en percarbonate peut devoir être évaluée pour ce danger physique. Stockez-la au sec, loin des matières combustibles, et indiquez-le.
Les allégations qui font basculer le produit
« Désinfectant », « antibactérien », « assainissant », « élimine 99,9 % des germes », « anti-acariens » : ces mentions revendiquent une action sur des organismes nuisibles. Le produit relève alors du règlement biocides (UE) 528/2012 : substance active approuvée, produit autorisé, étiquetage spécifique. Pour une petite production, c'est hors de portée. Le vinaigre, le bicarbonate ou l'huile d'arbre à thé ne changent rien : c'est l'allégation qui compte. Voir cosmétique, médicament ou biocide.
« Écologique », « respectueux de l'environnement », « biodégradable », « naturel » au sens environnemental : en France, la loi AGEC interdit depuis 2022 « biodégradable » et « respectueux de l'environnement » sur les produits et emballages. Depuis le 27 septembre 2026, la directive (UE) 2024/825 interdit aussi les allégations environnementales génériques non démontrées et les labels de durabilité qui ne reposent pas sur un système de certification ou ne sont pas établis par une autorité publique. L'Écolabel européen, obtenu selon ses critères, reste utilisable. Voir allégations environnementales et greenwashing.
« Sans produits chimiques » : tout est chimique, et votre étiquette porte peut-être un pictogramme. Cette mention est trompeuse.
Préférez des faits vérifiables : « savon saponifié à partir d'huiles d'olive et de coco », « sans parfum », « fabriqué à [ville] ».
Responsabilité et assurance
Vous êtes le fabricant au sens du règlement détergents : c'est votre nom qui figure sur l'étiquette. Cela emporte :
- l'obligation générale de sécurité du règlement (UE) 2023/988 : produit sûr dans des conditions d'usage raisonnablement prévisibles, numéro de lot ou autre élément d'identification, coordonnées postales et électroniques ;
- la responsabilité du fait des produits défectueux (articles 1245 et suivants du code civil) si votre produit cause un dommage, par exemple une brûlure oculaire ou une réaction allergique ;
- des contrôles possibles de la DGCCRF sur l'étiquette, la classification et les allégations.
Une assurance responsabilité civile couvrant les produits livrés n'est pas imposée par le règlement détergents, mais elle est vivement recommandée, et les boutiques et épiceries vrac la demandent souvent. Vérifiez que votre contrat vise explicitement les produits d'entretien, pas seulement les cosmétiques ou les bougies.
Pour la vente en ligne, votre fiche produit doit reprendre les informations d'identification et les avertissements. L'affichage des éléments CLP sur les offres de vente à distance deviendra obligatoire au 1er janvier 2028 : voir CLP 2024/2865.
Checklist avant la première vente
- Recette figée, en pourcentages, avec les FDS de chaque matière première.
- Preuve de biodégradabilité des tensioactifs.
- Classification CLP calculée et documentée.
- Étiquette annexe VII (et dosage pour une lessive, après essais).
- Bloc CLP si classé : pictogramme, mention d'avertissement, H, P, EUH.
- UFI généré et notification déposée sur le portail de l'ECHA si classé pour la santé ou un danger physique.
- Liste des composants publiée en ligne.
- FDS prête pour les revendeurs.
- Allégations relues : ni biocide, ni environnementale générique.
- Numéro de lot et registre de fabrication.
- Assurance RC couvrant les produits d'entretien.
Ce que CosReglo fait pour vous
Le dossier détergent CosReglo part de votre recette et produit l'étiquette 648/2004, la liste des composants et la fiche médicale (39 € HT pour un produit non classé). Si le produit est classé, il ajoute l'étiquette CLP, la FDS en 16 sections, l'UFI et un tutoriel de notification antipoison (89 € HT). Vous déposez la notification et restez responsable de la mise sur le marché.
Questions fréquentes
A-t-on le droit de vendre sa lessive maison ?
Oui, à condition de respecter la réglementation des détergents (règlement 648/2004), le CLP si le produit est dangereux, et les règles générales de sécurité des produits. Aucune autorisation préalable n'est nécessaire, mais le dossier doit être prêt avant la première vente.
Le percarbonate de soude est-il dangereux ?
Il est classé par ses fabricants comme comburant (H272), nocif en cas d'ingestion (H302) et provoquant des lésions oculaires graves (H318). Une lessive qui en contient 3 % ou plus est en général classée H318, avec pictogramme corrosion et UFI.
Peut-on écrire « désinfectant » sur un nettoyant maison au vinaigre ?
Non, sauf à passer par la réglementation biocides (règlement 528/2012), avec une substance active approuvée et un produit autorisé. Les mentions « antibactérien », « assainissant » ou « tue les germes » posent le même problème.
Peut-on écrire « écologique » sur une lessive maison ?
Non sans preuve reconnue. Depuis le 27 septembre 2026, la directive 2024/825 interdit les allégations environnementales génériques non démontrées, et la loi AGEC interdit déjà « biodégradable » et « respectueux de l'environnement » sur les produits en France.
Faut-il une assurance pour vendre des produits ménagers ?
Elle n'est pas imposée par le règlement détergents, mais vous êtes responsable des dommages causés par un produit défectueux. Une assurance responsabilité civile couvrant les produits livrés est fortement recommandée et souvent exigée par les boutiques.