Guides & cas pratiques

Laboratoire cosmétique : fabrication, tests ou évaluation ?

Mis à jour le 28 septembre 2026 · 10 min de lecture · Par l'équipe CosReglo

En bref. « Laboratoire cosmétique » désigne trois métiers : le laboratoire de fabrication (façonnier ou marque blanche) qui produit selon les BPF ISO 22716, le laboratoire d'analyses (stabilité, challenge test, microbiologie, tolérance) et l'évaluateur de la sécurité qui signe le CPSR. Selon votre produit et votre volume, il vous en faut un, deux ou trois.

« Trouver un laboratoire » est souvent la première étape d'un projet cosmétique… et souvent un malentendu. Derrière ce mot se cachent trois métiers distincts : fabriquer, tester, évaluer. Les confondre coûte cher : on paie un façonnier pour des tests dont on n'avait pas besoin, ou l'on croit que le laboratoire d'analyses « valide » le produit alors que seul l'évaluateur de la sécurité peut le faire. Ce guide vous aide à identifier celui qu'il vous faut vraiment.

Trois types de laboratoires cosmétiques

Type Ce qu'il fait Ce qu'il ne fait pas Quand vous en avez besoin
Laboratoire de fabrication (façonnier, fabricant à façon, marque blanche) Formule (parfois), fabrique, conditionne, libère les lots selon les BPF Endosser votre responsabilité de marque Vous ne produisez pas vous-même
Laboratoire d'analyses et de tests Stabilité, compatibilité, challenge test, microbiologie, tolérance cutanée, efficacité Conclure sur la sécurité du produit Votre produit présente un risque à documenter
Évaluateur de la sécurité (toxicologue, pharmacien, cabinet d'évaluation) Analyse la formule et les tests, rédige et signe la partie B du CPSR Fabriquer ou tester Toujours, pour chaque produit

Un même prestataire peut cumuler plusieurs rôles (un façonnier qui dispose d'un laboratoire de contrôle et d'un évaluateur salarié). Mais les fonctions restent distinctes et c'est vous, en tant que personne responsable, qui devez vérifier que chacune est couverte.

Le laboratoire de fabrication : façonnier et marque blanche

Façonnier ou fabricant à façon

Le façonnier fabrique votre produit, à partir de votre formule ou d'une formule qu'il développe pour vous selon un cahier des charges. Il achète les matières premières, fabrique, conditionne, contrôle et libère les lots.

Ce qu'il doit vous apporter :

  • une fabrication conforme aux bonnes pratiques de fabrication, la norme ISO 22716 ;
  • la traçabilité des lots et des matières premières ;
  • la description de la méthode de fabrication et l'attestation BPF pour votre DIP ;
  • les certificats et fiches des matières premières (FDS, certificats IFRA, déclarations d'allergènes).

Tout le détail contractuel est dans faire fabriquer ses cosmétiques par un façonnier.

Marque blanche

En marque blanche, vous choisissez un produit déjà formulé dans le catalogue du laboratoire et le vendez sous votre nom, éventuellement avec un parfum ou un packaging personnalisé. C'est plus rapide et moins coûteux en développement, mais vous n'êtes pas propriétaire de la formule. Voir marque blanche cosmétique.

Le point que beaucoup oublient

Dans les deux cas, dès que le produit porte votre marque, vous êtes personne responsable : DIP, CPSR, notification CPNP, étiquetage et cosmétovigilance vous incombent. Le laboratoire vous fournit des éléments ; il ne porte pas la conformité à votre place, sauf s'il est désigné personne responsable par un mandat écrit.

Délais et coûts

Les délais d'un projet en façonnage se comptent généralement en mois : développement ou adaptation de formule, tests, validation de l'échantillon, puis fabrication. Le coût dépend surtout des quantités minimales de commande, de la complexité de la formule et du conditionnement : il n'existe pas de grille publique fiable. Demandez des devis comparables, poste par poste.

Le laboratoire d'analyses : les tests qui alimentent le dossier

Le laboratoire d'analyses produit des données. Ces données entrent dans la partie A du CPSR, et l'évaluateur s'en sert pour conclure. Voici les principaux essais.

Stabilité et compatibilité avec l'emballage

Le test de stabilité vérifie que le produit conserve aspect, odeur, couleur, pH et viscosité dans le temps, à différentes températures et à la lumière. Il sert à fixer la date de durabilité minimale ou la PAO. On combine souvent des conditions accélérées (étuve, cycles chaud-froid) sur plusieurs semaines à quelques mois et un suivi en temps réel. Le test de compatibilité vérifie l'interaction entre le produit et son emballage. Voir test de stabilité cosmétique.

La stabilité n'exige pas forcément un laboratoire extérieur : pour un produit simple, un protocole maîtrisé en interne, bien documenté, peut suffire. C'est à l'évaluateur d'en juger.

Challenge test (ISO 11930)

Le challenge test mesure l'efficacité du système conservateur : le produit est contaminé volontairement par des bactéries, levures et moisissures de référence, puis on suit la décroissance de la population sur 28 jours. Il concerne en priorité les produits contenant de l'eau (émulsions, gels, lotions). Voir challenge test.

Analyse microbiologique (ISO 17516 et méthodes associées)

L'analyse microbiologique contrôle l'état réel d'un lot : dénombrement des germes aérobies et recherche de pathogènes (E. coli, P. aeruginosa, S. aureus, C. albicans). La norme ISO 17516 fixe les limites usuelles :

Catégorie de produit Dénombrement maximal (germes aérobies mésophiles)
Produits pour enfants de moins de 3 ans, contour des yeux, muqueuses 100 UFC par g ou ml
Autres produits 1 000 UFC par g ou ml

Et, dans tous les cas, absence des pathogènes spécifiés dans 1 g ou 1 ml. Résultats en général en quelques jours. Voir analyse microbiologique cosmétique.

Tests de tolérance et tests cliniques

Le patch test applique le produit sous occlusion sur des volontaires pour détecter irritation ou allergie ; il existe aussi des tests d'usage sous contrôle dermatologique, et des protocoles répétés sur plusieurs semaines pour la sensibilisation. Ces tests ne sont pas systématiquement obligatoires, mais l'évaluateur peut les demander (produits non rincés pour peaux sensibles, zones délicates, allégations « testé sous contrôle dermatologique »). Voir patch test d'innocuité.

Tests d'efficacité

Si vous revendiquez un effet mesurable (« hydratation 24 h », « réduit les rides »), vous devez en apporter la preuve dans le DIP. Ces études sont réalisées par des laboratoires spécialisés (instrumentaux ou cliniques) et sont souvent les plus coûteuses. La première économie consiste à ne revendiquer que ce que vous pouvez prouver.

L'évaluateur de la sécurité : le seul qui « valide »

Aucun résultat de laboratoire, aussi bon soit-il, ne remplace l'évaluation de la sécurité. L'article 10 du règlement 1223/2009 la réserve à une personne titulaire d'un diplôme en pharmacie, toxicologie, médecine ou discipline analogue. L'évaluateur :

  • vérifie la conformité de chaque ingrédient aux annexes ;
  • calcule l'exposition et les marges de sécurité ;
  • analyse les tests fournis, ou justifie leur absence ;
  • conclut, rédige et signe la partie B du CPSR.

C'est souvent un évaluateur de la sécurité indépendant ou un cabinet d'évaluation, parfois un évaluateur intégré au façonnier. Voir évaluateur de la sécurité cosmétique.

Comment choisir son laboratoire

Pour la fabrication

  1. BPF : demandez l'attestation ISO 22716 (certification par un organisme tiers ou auto-déclaration argumentée) et visitez le site si possible.
  2. Déclaration d'établissement : en France, les établissements qui fabriquent ou conditionnent des cosmétiques doivent être déclarés. Depuis le 1er janvier 2024, cette déclaration se fait auprès de la DGCCRF (et non plus de l'ANSM).
  3. Spécialité : un façonnier de savons à froid n'est pas un façonnier d'émulsions. Demandez des références dans votre catégorie.
  4. Quantités minimales : elles doivent être compatibles avec votre trésorerie et votre capacité à vendre.
  5. Propriété de la formule : écrivez noir sur blanc à qui elle appartient et ce qui vous est remis (formule quantitative complète, ou non).
  6. Dossier réglementaire : précisez ce qui est inclus (tests, CPSR, DIP, notification) et ce qui reste à votre charge.

Préparer votre demande

Un laboratoire répond vite et juste à une demande précise. Préparez :

  • la formule avec les noms INCI et les pourcentages (ou, pour un façonnier, le cahier des charges : texture, parfum, actifs, allégations visées, contraintes « bio » ou « vegan ») ;
  • le conditionnement prévu (matériau, pompe ou pot, contenance), indispensable pour la stabilité et la compatibilité ;
  • la population cible et la zone d'application (bébé, contour des yeux, cuir chevelu…) ;
  • les allégations que vous comptez afficher ;
  • les volumes envisagés et votre calendrier de lancement.

Demandez en retour un devis qui détaille chaque prestation, le délai de chacune et le format du rapport remis. Deux devis au même prix peuvent couvrir des périmètres très différents.

Pour les analyses

  1. Accréditation COFRAC (norme ISO/IEC 17025) sur les essais concernés : vérifiez la portée d'accréditation, pas seulement le logo.
  2. Méthodes normalisées : ISO 11930 pour le challenge test, ISO 17516 et normes associées pour la microbiologie.
  3. Rapport exploitable : identification de l'échantillon, méthode, résultats bruts, conclusion au regard des critères.
  4. Délais annoncés et possibilité de grouper plusieurs produits.

Pour l'évaluation

Qualification (article 10), assurance responsabilité civile professionnelle, expérience de votre type de produit, et clarté sur ce qu'il attend de vous (données à fournir, tests nécessaires).

Quand pouvez-vous vous passer d'un laboratoire ?

Plus souvent qu'on ne le croit, du moins pour une partie des prestations.

Fabriquer vous-même en petites séries

Artisans, savonniers, créateurs de baumes : vous pouvez fabriquer en propre, dans un local adapté, en appliquant les principes des BPF à votre échelle (procédures écrites, traçabilité des lots, hygiène, contrôles) et après déclaration de votre établissement. Aucun texte n'impose de sous-traiter la fabrication.

Des tests dispensés selon le produit

Tous les produits n'ont pas besoin de tous les tests. La norme ISO 29621 décrit les produits à faible risque microbiologique, pour lesquels challenge test et analyses microbiologiques peuvent être dispensés sur justification. Parmi les critères : pH extrême, teneur élevée en alcool, très faible activité de l'eau, produits anhydres, conditions de fabrication ou d'emballage protectrices.

Exemples concrets :

  • savon solide (pH élevé, très peu d'eau libre) : challenge test généralement non requis ;
  • baume anhydre, huile de soin : faible risque, dispense argumentée possible ;
  • crème, lotion, gel aqueux : challenge test attendu ;
  • produit pour bébé : exigences renforcées, microbiologie avec limites plus strictes.

Quel test pour quel produit ?

Produit Stabilité Challenge test Microbiologie Tolérance
Crème, lait, sérum aqueux Oui Oui Oui Selon évaluateur
Gel douche, shampoing Oui Oui Oui Rarement
Savon solide saponifié Oui (aspect, rancissement) Généralement dispensé Généralement dispensé Rarement
Baume, huile anhydre Oui (oxydation) Dispense argumentée possible Dispense argumentée possible Selon évaluateur
Produit bébé ou contour des yeux Oui Oui (si aqueux) Oui, limites strictes Souvent demandé

Ce tableau est un repère, pas une règle : l'évaluateur décide au vu de la formule, du procédé et de l'emballage.

La dispense n'est jamais automatique : elle doit être écrite et justifiée dans le dossier, et acceptée par l'évaluateur. Voir tests cosmétiques obligatoires.

Ce dont vous ne pouvez jamais vous passer

L'évaluation de la sécurité signée par un évaluateur qualifié. Même un savon de trois ingrédients fabriqué dans votre atelier a besoin d'un CPSR signé.

Comment CosReglo s'insère dans ce parcours

CosReglo ne fabrique pas et ne réalise pas d'analyses. Il intervient entre vous, vos éventuels laboratoires et l'évaluateur :

  • Dossier produit : à partir de votre formule, CosReglo génère INCI, contrôle des annexes, allergènes, CPSR partie A, étiquette, données CPNP et le DIP complet (79 € HT par produit).
  • Revue des tests requis : l'outil indique quels tests votre produit nécessite et lesquels peuvent être dispensés, avec la justification ISO 29621 pour les produits à faible risque (savons, anhydres).
  • Stabilité guidée : pour les petites séries fabriquées en propre, un protocole de stabilité pas à pas, dont les observations alimentent le dossier et la durabilité affichée.
  • Évaluation de la sécurité : un évaluateur de la sécurité qualifié analyse le dossier et signe la partie B (évaluation de la sécurité CPSR : pack DIP + signature à 149 € HT).

Si vous travaillez avec un façonnier ou un laboratoire d'analyses, leurs rapports se joignent au dossier. Vous gardez une vue unique de ce qui est fait, de ce qui manque, et de ce qui bloque la mise sur le marché. La responsabilité de la conformité reste celle de la personne responsable.

Par où commencer

  1. Décidez si vous fabriquez vous-même ou si vous sous-traitez.
  2. Saisissez votre formule pour savoir quels tests sont réellement nécessaires.
  3. Ne sollicitez un laboratoire d'analyses que pour les essais requis ou pour prouver une allégation.
  4. Faites signer l'évaluation de la sécurité avant la notification CPNP et la première vente.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un laboratoire cosmétique ?

Le terme désigne selon le contexte une entreprise qui fabrique des cosmétiques pour d'autres marques (façonnier), un laboratoire qui réalise les analyses et tests (stabilité, microbiologie, challenge test, tolérance), ou un cabinet d'évaluation de la sécurité qui rédige et signe le CPSR.

Faut-il obligatoirement passer par un laboratoire pour vendre un cosmétique ?

Non pour la fabrication : vous pouvez fabriquer vous-même, dans le respect des BPF et après déclaration de votre établissement. En revanche, la partie B du CPSR doit être signée par un évaluateur qualifié, et certains tests sont en pratique réalisés par un laboratoire extérieur.

Combien coûte un laboratoire de fabrication cosmétique ?

Il n'existe pas de tarif standard : le prix dépend de la formule, du conditionnement et surtout des quantités minimales de commande. Demandez plusieurs devis détaillés en précisant ce qui est inclus (formulation, tests, dossier réglementaire).

Un laboratoire d'analyses cosmétiques doit-il être accrédité COFRAC ?

Ce n'est pas une obligation du règlement cosmétique. Mais une accréditation COFRAC selon la norme ISO/IEC 17025 sur les essais concernés garantit la compétence technique du laboratoire et facilite l'acceptation des résultats par l'évaluateur et les autorités.

Un savon a-t-il besoin d'un challenge test en laboratoire ?

Généralement non. Un savon solide présente un pH élevé et très peu d'eau disponible : il fait partie des produits à faible risque microbiologique au sens de la norme ISO 29621. La dispense doit toutefois être justifiée dans le dossier.

Combien de temps pour obtenir les résultats d'un challenge test ?

Le protocole ISO 11930 suit le produit pendant 28 jours après contamination. Il faut compter ce délai, plus le temps de planification et de rédaction du rapport par le laboratoire.