Classification CLP d'un mélange détergent : méthode et exemple
La classification CLP est la pièce maîtresse d'un dossier détergent. C'est elle qui décide si votre étiquette porte un pictogramme, si une FDS est obligatoire et si vous devez notifier les centres antipoison. Bonne nouvelle : pour un produit artisanal, la méthode de calcul est à votre portée, à condition de disposer des bonnes données.
Le principe : classer à partir des composants
Le règlement CLP (CE) 1272/2008 laisse trois voies pour classer un mélange, dans cet ordre de préférence :
- Données sur le mélange lui-même (essais sur le produit fini) ;
- Principes d'extrapolation (bridging) à partir d'un mélange similaire déjà testé ;
- Calcul à partir des composants : c'est la méthode utilisée dans presque tous les cas pour un petit fabricant.
Pour cela, il vous faut la classification de chaque matière première, telle qu'elle figure en section 2 ou 3 de sa fiche de données de sécurité. Attention : on classe la matière telle qu'elle est achetée. Si votre tensioactif est livré en solution à 70 %, c'est la classification et la concentration de cette solution qui comptent.
Les règles de sommation pour la peau et les yeux
Pour l'irritation cutanée et oculaire, le CLP additionne les concentrations des composants de même classe, avec un facteur 10 pour les plus sévères.
Lésions oculaires et irritation oculaire
| Somme des composants | Classification du mélange |
|---|---|
| Skin Corr. 1 + Eye Dam. 1 ≥ 3 % | Eye Dam. 1 — H318 « Provoque de graves lésions des yeux » |
| Skin Corr. 1 + Eye Dam. 1 ≥ 1 % et < 3 % | Eye Irrit. 2 — H319 |
| Eye Irrit. 2 ≥ 10 % | Eye Irrit. 2 — H319 |
| 10 × (Skin Corr. 1 + Eye Dam. 1) + Eye Irrit. 2 ≥ 10 % | Eye Irrit. 2 — H319 |
Corrosion et irritation cutanée
| Somme des composants | Classification du mélange |
|---|---|
| Skin Corr. 1 ≥ 5 % | Skin Corr. 1 — H314 |
| Skin Corr. 1 ≥ 1 % et < 5 % | Skin Irrit. 2 — H315 |
| Skin Irrit. 2 ≥ 10 % | Skin Irrit. 2 — H315 |
| 10 × Skin Corr. 1 + Skin Irrit. 2 ≥ 10 % | Skin Irrit. 2 — H315 |
Les limites de concentration spécifiques
Certaines substances ont des limites spécifiques fixées à l'annexe VI du CLP (classification harmonisée) ou par leur fabricant. Elles remplacent les limites génériques. Exemple connu : l'acide acétique est classé irritant cutané et oculaire à partir de 10 %, corrosif à partir de 25 %. Un vinaigre ménager à 14 % d'acide acétique est donc H315 et H319.
La prudence propre aux tensioactifs
Le CLP signale lui-même que l'additivité peut mal fonctionner pour les acides, les bases, les sels inorganiques et les tensioactifs, dont certains sont irritants à très faible dose. Il faut aussi regarder le pH : un mélange à pH ≤ 2 ou ≥ 11,5 est présumé provoquer des lésions oculaires graves, sauf si sa réserve acide ou alcaline, ou des données d'essai, démontrent le contraire. Un savon artisanal se situe en général sous ce seuil, mais mesurez-le.
Sensibilisants, huiles essentielles et EUH208
Pour la sensibilisation cutanée, la règle n'est pas additive : chaque substance sensibilisante est comparée à un seuil.
| Présence d'un sensibilisant cutané | Conséquence |
|---|---|
| Catégorie 1 ou 1B ≥ 1 % | Mélange Skin Sens. 1 — H317 |
| Catégorie 1A ≥ 0,1 % | Mélange Skin Sens. 1 — H317 |
| Catégorie 1 ou 1B ≥ 0,1 % (mélange non classé H317) | Mention EUH208 |
| Catégorie 1A ≥ 0,01 % (mélange non classé H317) | Mention EUH208 |
La plupart des huiles essentielles sont classées sensibilisantes cutanées par leurs fournisseurs, parfois aussi toxiques par aspiration (H304), inflammables ou dangereuses pour le milieu aquatique. Une huile essentielle est une substance : c'est sa propre classification qui compte, pas seulement celle de ses constituants. Dans un détergent parfumé à 0,5 % d'huile essentielle, l'EUH208 est donc fréquente ; à 1 % ou plus, le produit bascule en H317. Le sujet est développé dans vendre une huile essentielle pure.
Pour la toxicité aiguë, le calcul passe par une estimation de toxicité du mélange (ATE) ; pour le danger aquatique, par une sommation avec des facteurs M. Ces calculs se font de la même manière, à partir des données des FDS. Le danger aquatique ne déclenche pas la notification antipoison, mais il s'affiche sur l'étiquette (pictogramme GHS09 pour les catégories aiguë 1 et chronique 1 et 2, mention H412 ou H413 sans pictogramme pour les catégories chroniques 3 et 4).
Exemple chiffré : un liquide vaisselle
Hypothèses illustratives (les classifications viennent des FDS de fournisseurs fictifs) :
| Composant (tel qu'acheté) | % dans la formule | Classification fournisseur |
|---|---|---|
| Tensioactif anionique en solution | 8 % | Eye Dam. 1, Skin Irrit. 2 |
| Tensioactif amphotère en solution | 4 % | Eye Irrit. 2 |
| Huile essentielle de citron | 0,5 % | Skin Sens. 1, Skin Irrit. 2, Asp. Tox. 1, Flam. Liq. 3 |
| Acide citrique | 0,2 % | Eye Irrit. 2 |
| Eau, sel | qsp | Non classés |
Yeux : composants Eye Dam. 1 = 8 %, soit ≥ 3 % → mélange Eye Dam. 1, H318. Peau : Skin Irrit. 2 = 8 + 0,5 = 8,5 %, < 10 % → pas de classement cutané par le calcul. Sensibilisation : huile essentielle 0,5 %, entre 0,1 et 1 % → EUH208 « Contient huile essentielle de citron. Peut produire une réaction allergique. » Aspiration : 0,5 %, très en dessous du seuil de 10 % → non classé.
Résultat : pictogramme GHS05 (corrosion), mention « Danger », H318, conseils P adaptés, EUH208, UFI et notification antipoison obligatoires. Et le produit ne peut pas être vendu en station de recharge : la révision du CLP l'interdit pour les mélanges Eye Dam. 1 (voir CLP 2024/2865).
Variante : si le tensioactif anionique descend à 2 %, la somme Eye Dam. 1 passe sous 3 %. On calcule alors 10 × 2 + 4 + 0,2 = 24,2 %, ≥ 10 % → Eye Irrit. 2, H319, pictogramme GHS07, « Attention ». Changer de tensioactif, ou en baisser la dose, change donc toute l'étiquette.
Lever ou affiner une classification par l'essai
Le calcul est prudent par construction. Si vous pensez que votre produit est moins agressif qu'il n'y paraît, des essais in vitro sur le mélange peuvent être utilisés :
- OCDE 437 (BCOP, cornée bovine) : identifie les mélanges provoquant des lésions graves (catégorie 1) et ceux non classés ;
- OCDE 492 (épithélium cornéen reconstruit) : identifie les mélanges ne nécessitant pas de classement pour l'œil ;
- OCDE 439 et 431 pour l'irritation et la corrosion cutanées.
Ces essais ont un coût et doivent être réalisés par un laboratoire compétent, sur la formule exacte. Ils valent pour la classe testée et pour cette formule : tout changement significatif relance la question. Pour un produit vendu en gros volume, l'investissement se discute ; pour une petite série, on accepte souvent le classement calculé.
Du classement à l'étiquette
Une fois la classification établie, l'étiquette CLP en découle mécaniquement :
- pictogrammes : GHS07 (point d'exclamation) pour H315, H317, H319 ; GHS05 (corrosion) pour H314 et H318 ;
- mention d'avertissement : « Attention » ou « Danger » (la plus sévère l'emporte) ;
- mentions H et conseils P choisis selon l'annexe IV (six au maximum, sauf nécessité) ;
- UFI si le mélange est classé pour la santé ou un danger physique.
L'étiquette CLP s'ajoute aux mentions du règlement détergents : voir étiquetage d'un détergent et, pour le cadre complet, réglementation des détergents.
Ce que CosReglo fait pour vous
Le dossier détergent CosReglo applique ces règles de calcul à votre formule à partir de la classification de chaque matière, affiche le détail des sommes et produit l'étiquette CLP correspondante. Vous vérifiez les données de vos fournisseurs : la classification reste sous votre responsabilité.
Questions fréquentes
Comment savoir si mon produit ménager est dangereux ?
En calculant sa classification CLP à partir des FDS de chaque matière première et de sa concentration dans la formule. Le résultat détermine les pictogrammes, les mentions H et P, la FDS et l'éventuelle notification antipoison.
Pourquoi mon savon ménager est-il classé H319 ?
Parce que les savons riches en acide laurique et beaucoup de tensioactifs sont classés irritants oculaires, voire corrosifs pour l'œil, par leurs fournisseurs ou déclarants. Au-delà de 10 % d'irritants (ou de 1 % de composants H318) dans le mélange, le produit fini devient irritant oculaire, sauf données d'essai contraires.
Qu'est-ce que la mention EUH208 ?
C'est une information supplémentaire : « Contient [nom de la substance]. Peut produire une réaction allergique. » Elle s'impose pour un mélange non classé sensibilisant qui contient un sensibilisant cutané au-delà de 0,1 % (0,01 % pour la sous-catégorie 1A).
Peut-on faire tester son détergent pour éviter une classification ?
Oui. Des essais in vitro sur le mélange, comme les lignes directrices OCDE 437 ou 492 pour l'œil, peuvent montrer qu'il n'est pas classé ou le classer plus justement. Ils remplacent alors le calcul pour la classe testée.
Les huiles essentielles rendent-elles un détergent dangereux ?
Elles peuvent : la plupart sont classées sensibilisantes cutanées. Au-delà de 0,1 %, la mention EUH208 est requise ; au-delà de 1 % d'une huile de catégorie 1 ou 1B, le mélange devient H317.