Détergents & produits ménagers

Savon ménager : cosmétique ou détergent ? La réglementation

Mis à jour le 28 septembre 2026 · 7 min de lecture · Par l'équipe CosReglo

En bref. Un savon présenté pour la peau est un cosmétique ; présenté pour la maison ou le linge, c'est un détergent. Le savon ménager relève du règlement 648/2004 et du CLP (souvent classé H319, voire H318, s'il est riche en coco), sans DIP ni CPNP. Un savon « corps et maison » cumule les deux cadres.

Beaucoup de savonniers se lancent dans le savon de ménage parce que la recette est proche de celle du savon de toilette. Le produit est proche, le cadre juridique, lui, est différent. Tout se joue sur la manière dont vous présentez le produit, et une phrase de trop sur l'étiquette ou la fiche produit peut vous faire changer de réglementation.

Même savon, deux réglementations

La frontière suit la destination revendiquée :

  • Cosmétique : un produit destiné à être mis en contact avec la peau pour la nettoyer, la parfumer, la protéger… Le savon de toilette en est l'exemple type. Voir définition du cosmétique.
  • Détergent : toute substance ou mélange contenant des savons ou d'autres tensioactifs, destiné au lavage et au nettoyage (linge, sols, vaisselle, surfaces). C'est la définition de l'article 2 du règlement 648/2004.

Un même pain saponifié peut donc relever de l'un ou l'autre. Ce qui tranche : le nom, les allégations, le mode d'emploi, les visuels, le rayon où il est vendu, la fiche produit en ligne.

Produit Présentation typique Statut
Savon de toilette SAF « Savon doux pour le visage et le corps » Cosmétique
Savon de Marseille pour la toilette « Savon de Marseille, pour les mains » Cosmétique
Savon de Marseille « ménager » « Détache le linge, nettoie les sols » Détergent
Savon noir « Dégraissant sols et surfaces » Détergent
Pierre d'argile « Nettoie et fait briller inox, vitres, casseroles » Détergent
Copeaux ou paillettes de savon « Pour lessive maison » Détergent

Savon noir, pierre d'argile, copeaux : les cas particuliers

Savon noir. Il s'agit d'un savon de potassium, souvent à base d'huile d'olive, liquide ou pâteux. Présenté pour les sols, le bois ou le jardin, c'est un détergent. Le « savon noir » du hammam, présenté pour le gommage du corps, est un cosmétique. Même nom, deux produits : ne les vendez pas sous la même étiquette. Sa teneur en eau et sa potasse éventuellement libre influencent le pH et donc la classification.

Pierre d'argile. Mélange d'argile, de savon et souvent de glycérine, vendu pour les surfaces. Sur l'étiquette de l'annexe VII A, le savon s'indique par sa tranche (« savon 15 % ou plus, mais moins de 30 % », par exemple) ; l'argile n'est pas une catégorie à tranche, mais figure dans la liste complète des composants publiée en ligne.

Copeaux et paillettes « pour lessive maison ». Vendus comme base de lessive, ils sont un détergent à part entière. Si vous fournissez aussi une recette de lessive, le produit que le client fabrique ensuite n'est pas le vôtre ; mais un kit complet (savon, cristaux de soude, percarbonate) vendu ensemble pose la question de l'étiquetage de chaque composant. Voir vendre sa lessive maison.

Les obligations de chaque côté

Savon cosmétique Savon ménager (détergent)
Texte principal Règlement (CE) 1223/2009 Règlement (CE) 648/2004
Responsable Personne responsable Fabricant (ou importateur)
Dossier DIP avec CPSR signé Pas de DIP ; preuves de biodégradabilité des tensioactifs
Notification CPNP Centres antipoison (UFI) si classé pour la santé
Étiquette Liste INCI complète, PAO ou DDM, fonction… Tranches de l'annexe VII A, site web des composants, bloc CLP si classé
CLP Non applicable (cosmétiques exclus) Applicable
FDS Non Si classé et vendu à des professionnels, ou sur demande

Pour le côté cosmétique, voir réglementation du savon saponifié à froid et DIP d'un savon artisanal. Pour le côté détergent, le guide d'ensemble est réglementation des détergents.

Le piège du « corps et maison »

Le savon « multi-usage » séduit : une seule production, un seul stock. Mais une étiquette qui revendique à la fois la toilette et le ménage place le produit sous deux réglementations. En pratique, l'approche sûre consiste à satisfaire aux deux :

  • DIP, CPSR signé et CPNP au titre du cosmétique ;
  • étiquetage détergent, classification CLP et, si le produit est classé, pictogramme, mentions H et UFI.

Les deux étiquettes suivent des logiques qui se heurtent. Un pictogramme de danger avec « Provoque une sévère irritation des yeux » sur un savon aussi recommandé pour le visage envoie un message incohérent au client, et au contrôleur.

La solution la plus simple : deux références distinctes, avec deux noms, deux étiquettes et deux fiches produit, même si la recette est proche. Et une vigilance sur les réseaux sociaux : conseiller « votre savon de ménage est aussi parfait pour les mains » requalifie le produit.

Pourquoi un savon ménager est souvent classé H319, voire H318

C'est la surprise de nombreux savonniers : un savon, produit du quotidien, peut porter un pictogramme de danger. La raison tient aux règles de calcul du CLP.

  • Les savons d'acides gras courts, surtout le laurate de sodium, majoritaire dans le savon de coco, sont classés pour l'œil par la plupart des déclarants de l'inventaire des classifications de l'ECHA : environ deux tiers retiennent Eye Dam. 1 (H318), les autres souvent Eye Irrit. 2 (H319), avec fréquemment Skin Irrit. 2 (H315). Il n'existe pas de classification harmonisée : c'est à vous de retenir et de justifier la vôtre.
  • Pour l'œil, un mélange contenant 10 % ou plus de composants H319 est lui-même H319. Un mélange contenant 3 % ou plus de composants H318 est H318.

Un savon ménager composé en majorité de savon de coco dépasse donc presque toujours ces seuils : il sera H319 si l'on retient pour le coco une irritation oculaire, H318 si l'on retient des lésions graves. Un savon surtout à base d'olive, avec peu de coco, peut rester sous les seuils, selon les données retenues pour chaque savon. Le détail des règles est dans classer un mélange détergent.

Trois points de vigilance propres au savon :

  1. Vous fabriquez le savon vous-même. Il n'y a pas de FDS « fournisseur » du savon obtenu : c'est à vous de retenir une classification cohérente pour chaque savon formé (cocoate, olivate…), à partir des données publiques disponibles.
  2. La soude résiduelle. Un défaut de saponification ou un surgras négatif laisse de l'hydroxyde de sodium libre, classé corrosif. Maîtrisez vos calculs et votre pH.
  3. Les huiles essentielles. Au-delà de 0,1 % d'une huile sensibilisante, la mention EUH208 s'ajoute ; à 1 % et plus, le savon devient H317.

Un savon classé H319 impose : étiquette CLP (GHS07, « Attention » ; GHS05 et « Danger » s'il est H318), notification aux centres antipoison et UFI (voir UFI et PCN), FDS pour vos revendeurs.

Comment choisir votre positionnement

Vous faites surtout des savons de toilette et voulez ajouter un savon « linge » : créez une référence détergent dédiée, avec sa propre étiquette 648/2004 et CLP. Pas de DIP à faire pour elle.

Vous voulez un savon ménager non classé : travaillez la formule (moins de savon de coco, pas ou peu d'huile essentielle) et documentez vos hypothèses de classification. Le calculateur de saponification vous aide à ajuster la répartition des huiles et le surgras avant de refaire le calcul CLP.

Vous voulez vraiment un produit « corps et maison » : prévoyez les deux dossiers complets et une étiquette qui les concilie. C'est la voie la plus coûteuse.

Dans tous les cas, alignez l'étiquette, la fiche produit en ligne, les visuels et les posts. Évitez aussi les allégations « biodégradable » ou « écologique », interdites ou encadrées : voir allégations environnementales.

Ce que CosReglo fait pour vous

Pour un savon de toilette, CosReglo produit le DIP et le CPSR (79 € HT, ou 149 € HT avec signature d'un évaluateur de la sécurité). Pour un savon ménager, le dossier détergent génère l'étiquette 648/2004, la liste des composants et, si le produit est classé, le bloc CLP, la FDS et l'UFI (39 € HT non classé, 89 € HT classé). Vous choisissez le positionnement ; vous restez responsable de la mise sur le marché.

Questions fréquentes

Le savon de Marseille est-il un cosmétique ?

Cela dépend de sa présentation. Vendu pour la toilette, c'est un cosmétique soumis au règlement 1223/2009. Vendu pour le linge ou le ménage, c'est un détergent soumis au règlement 648/2004 et au CLP. La composition ne suffit pas à trancher.

Faut-il un DIP pour un savon ménager ?

Non. Le DIP, le rapport de sécurité et la notification CPNP ne concernent que les cosmétiques. Un savon ménager doit respecter l'étiquetage détergent, la classification CLP et, s'il est classé, la notification aux centres antipoison.

Peut-on vendre un savon pour le corps et la maison ?

C'est possible mais lourd : le produit doit alors satisfaire aux deux réglementations, cosmétique et détergent, avec des étiquettes aux logiques différentes. Deux références distinctes, même de recette proche, sont en pratique plus simples.

Le savon noir est-il un produit dangereux ?

Il peut être classé irritant pour les yeux selon sa composition et les données de ses matières premières. La classification se calcule pour chaque recette, à partir des données disponibles sur les savons de potassium utilisés.

La pierre d'argile est-elle un détergent ?

Oui, dès lors qu'elle contient du savon ou des tensioactifs et qu'elle est présentée pour nettoyer des surfaces. Elle doit porter l'étiquetage du règlement 648/2004 et être classée selon le CLP.