DIP pour savon artisanal (saponification à froid) : ce qu'il faut
C'est l'un des malentendus les plus fréquents chez les savonniers : « mon savon est naturel, il n'est pas concerné ». Faux — voici la réalité réglementaire, et ce qui rend le dossier d'un savon saponifié à froid (SAF) différent de celui d'une crème.
Le savon est un cosmétique
Un savon destiné à nettoyer la peau répond à la définition du cosmétique du règlement 1223/2009. Il exige donc, comme tout cosmétique : une personne responsable, un DIP avec un CPSR signé, une notification CPNP et un étiquetage conforme. Le caractère artisanal ou naturel n'exempte de rien — voir aussi vendre un cosmétique fait maison.
Savon cosmétique ou savon ménager ?
Tout dépend de l'usage revendiqué, pas de la recette.
| Usage annoncé | Statut | Textes |
|---|---|---|
| Laver le visage, les mains, le corps | Cosmétique | Règlement 1223/2009 : DIP, CPSR, CPNP |
| Laver le linge, la vaisselle, détacher | Détergent | Règlement 648/2004 (puis 2026/405) et, selon la classification, CLP |
| Les deux sur le même produit | À éviter | Double régime, dossier incohérent |
Un même pain de savon de Marseille peut donc relever de deux régimes selon ce qui est écrit sur l'étiquette et sur votre site. Si vous vendez un savon pour le linge ou la maison, voir la réglementation du savon ménager.
L'INCI d'un savon saponifié à froid
Le savon SAF pose une question d'INCI particulière : le produit fini n'est plus constitué des huiles de départ mais des sels d'acides gras issus de la réaction avec la soude.
La présentation la plus courante déclare les produits de la réaction :
- Sodium Olivate (huile d'olive saponifiée), Sodium Cocoate (coco), Sodium Shea Butterate (karité)… ;
- Glycerin, le glycérol formé naturellement ;
- Aqua, l'eau résiduelle ;
- les huiles non saponifiées du surgras, sous leur nom INCI botanique ;
- les parfums, huiles essentielles, argiles, colorants et additifs.
Une autre présentation, par les réactifs (huiles, eau, Sodium Hydroxide), est aussi rencontrée. Choisissez-en une et restez cohérent entre l'étiquette, le DIP et le CPNP. L'ordre suit toujours la concentration décroissante dans le produit fini.
pH, alcali libre et surgras : les trois points de sécurité
Le pH
Un savon est alcalin par nature : son pH se situe couramment entre 9 et 10. Ce n'est pas un défaut, c'est la chimie du savon. Le CPSR doit l'indiquer, le justifier et en tirer les conséquences (mise en garde « éviter le contact avec les yeux », usage rincé).
L'alcali libre
Le vrai risque est la soude non consommée. Une erreur de pesée ou un calcul faux peut laisser de l'alcali libre, irritant, voire caustique. L'évaluateur attend la preuve que la recette est correctement calculée et, idéalement, un contrôle sur le produit fini.
Le surgras
Le surgras est la part d'huile laissée volontairement non saponifiée. Il garantit que toute la soude réagit et adoucit le savon. En saponification à froid, il se situe couramment entre 5 et 8 %. Il doit figurer dans la formule du DIP : c'est lui qui explique la présence d'huiles libres dans l'INCI.
Le calculateur de saponification gratuit de CosReglo calcule la soude nécessaire à partir des indices de saponification de vos huiles et du surgras visé. C'est la première pièce du dossier : une recette bien calculée.
Challenge test : une dispense possible
Pour une crème, le challenge test est incontournable. Pour un savon solide, c'est différent. La norme ISO 29621 fournit des lignes directrices pour identifier les produits à faible risque microbiologique, qui peuvent être dispensés de challenge test et parfois d'analyse microbiologique.
Le savon coche plusieurs critères : pH élevé, très faible activité de l'eau une fois la cure terminée, présentation solide. L'argumentation doit être écrite dans la partie A du CPSR, et c'est l'évaluateur qui conclut. Attention aux exceptions : un savon liquide, une pâte ou un savon enrichi d'ingrédients sensibles (lait frais, purées végétales) demande une réflexion au cas par cas.
Stabilité : rancissement et taches orange
Le savon n'est pas contaminé par les microbes, mais il vieillit. Deux phénomènes sont à documenter dans le test de stabilité :
- le rancissement : les huiles riches en acides gras insaturés s'oxydent, l'odeur change, le savon jaunit ;
- les taches orange : petits points orangés qui apparaissent en surface, signe d'oxydation du surgras.
Pour limiter ces défauts : choix d'huiles stables, surgras maîtrisé, antioxydant (tocophérol par exemple), cure et stockage à l'abri de la lumière et de l'humidité. La durée de conservation revendiquée (DDM ou PAO) doit découler de ces observations.
Allergènes des huiles essentielles
Les huiles essentielles contiennent naturellement des allergènes de parfum (linalol, limonène, géraniol, citral…). Le règlement (UE) 2023/1545 porte à plus de 80 le nombre d'allergènes à étiqueter au-delà de 0,01 % dans un produit rincé comme le savon (0,001 % pour un produit sans rinçage). Il s'applique aux nouveaux produits mis sur le marché depuis le 31 juillet 2026 et à tous les produits au 31 juillet 2028.
Pour chaque huile essentielle, demandez au fournisseur sa composition en allergènes et son certificat IFRA, qui fixe la dose maximale par catégorie de produit. Voir les huiles essentielles en cosmétique et l'étiquetage des allergènes.
L'étiquette d'un savon : une souplesse à connaître
Le savon suit les mentions obligatoires de tout cosmétique : nom et adresse de la personne responsable, contenu nominal, numéro de lot, durée de conservation, précautions d'emploi, fonction si elle n'est pas évidente, et liste des ingrédients.
Le règlement prévoit toutefois une souplesse pour les petits produits. Pour le savon, les perles pour le bain et d'autres petits produits, lorsqu'il est impossible pour des raisons pratiques de faire figurer la liste des ingrédients sur une étiquette ou un emballage, elle peut figurer sur un écriteau placé à proximité immédiate du présentoir (article 19). C'est utile pour les savons vendus nus, à la coupe ou sur un marché. Les autres mentions restent dues, et la liste des ingrédients doit rester accessible en vente en ligne, sur la fiche produit.
Voir les mentions obligatoires de l'étiquette et vendre sur un marché ou un salon.
Les erreurs fréquentes des savonniers
- Changer d'huile sans mettre à jour le DIP : remplacer l'huile d'olive par du tournesol change l'INCI, le calcul de soude et la stabilité.
- Ajouter une huile essentielle « au feeling » sans vérifier sa dose IFRA ni les allergènes à étiqueter.
- Revendiquer des effets (« apaise l'eczéma », « anti-acné ») : c'est une allégation médicale, interdite pour un cosmétique.
- Vendre un savon « pour le corps et le linge » : deux régimes pour un seul produit, et un dossier bancal.
- Oublier la cure dans le calcul de la durée de conservation et du poids net : un savon perd de l'eau en séchant, le contenu nominal doit correspondre au produit vendu.
- Se passer de CPSR signé parce que « le savon, c'est simple » : la signature d'un évaluateur qualifié reste obligatoire.
La démarche pour un savonnier
- Stabiliser la recette (huiles, taux de soude, surgras) avec le calculateur ;
- établir l'INCI du savon fini et la liste des allergènes ;
- réaliser les tests utiles (stabilité, pH), et argumenter la dispense de challenge test ;
- faire évaluer et signer le CPSR ;
- constituer le DIP, notifier au CPNP, imprimer une étiquette conforme.
Pour le cadre général du savon SAF, voir aussi la réglementation du savon saponifié à froid.
Ce que coûte le DIP d'un savon
Un savon est une formule simple : peu d'ingrédients, pas de conservateur, un risque microbiologique faible. Son dossier est donc parmi les moins coûteux.
- Chez un prestataire, un DIP se facture couramment quelques centaines d'euros par produit, signature comprise ou non selon les cabinets.
- Avec CosReglo, le DIP complet (formule, INCI, CPSR A et B, étiquette, données CPNP) coûte 79 € HT par savon, ou 149 € HT avec la signature d'un évaluateur de la sécurité qualifié.
Une gamme de savons partage souvent la même base : seuls changent les huiles essentielles, les argiles ou les colorants. Chaque recette reste un produit distinct avec son propre DIP, mais l'essentiel des données se réutilise. Voir le prix d'un DIP cosmétique.
Par où commencer
Calculez votre recette avec le calculateur de saponification, puis saisissez-la dans CosReglo : l'outil gère l'INCI de saponification, repère les allergènes des huiles essentielles et structure le DIP de votre savon, avec signature du CPSR par un évaluateur de la sécurité qualifié si vous le souhaitez. Vous restez la personne responsable du produit.
Questions fréquentes
Un savon artisanal a-t-il besoin d'un DIP ?
Oui. Le savon est un cosmétique au sens du règlement 1223/2009 : DIP, CPSR signé, notification CPNP et étiquetage conforme sont obligatoires, y compris pour une production artisanale.
Comment écrire l'INCI d'un savon saponifié à froid ?
L'INCI reflète la réaction de saponification : on déclare en général les sels d'acides gras formés (ex. Sodium Olivate pour l'huile d'olive saponifiée), le glycérol produit, l'eau et les huiles du surgras. Une autre présentation, par les réactifs (huiles, eau, hydroxyde de sodium), existe : l'essentiel est d'être cohérent avec le DIP.
Le savon SAF échappe-t-il à la réglementation cosmétique ?
Non. Le caractère naturel ou artisanal n'exempte d'aucune obligation. Le savon destiné à nettoyer la peau est un cosmétique à part entière.
Un savon a-t-il besoin d'un challenge test ?
Pas forcément. Un savon solide présente un faible risque microbiologique (pH élevé, très peu d'eau disponible). La norme ISO 29621 permet de le justifier dans le dossier et d'être dispensé de challenge test, sur décision argumentée de l'évaluateur.
Combien coûte le DIP d'un savon ?
Chez un prestataire, un DIP se facture couramment quelques centaines d'euros par produit. Avec CosReglo, le DIP complet coûte 79 € HT par savon, ou 149 € HT avec signature du CPSR par un évaluateur de la sécurité qualifié.