INCI, ingrédients & annexes

Huiles essentielles en cosmétique : allergènes, IFRA, ANSM

Mis à jour le 28 septembre 2026 · 8 min de lecture · Par l'équipe CosReglo

En bref. Une huile essentielle est un ingrédient parfumant comme un autre : ses allergènes se déclarent au-delà de 0,001 % (non rincé) ou 0,01 % (rincé) selon le règlement (UE) 2023/1545, ses constituants respectent les annexes II et III, sa dose suit les standards IFRA et son usage est justifié dans le CPSR, avec vigilance renforcée pour les enfants.

Une huile essentielle n'a rien d'anodin pour la réglementation : c'est un mélange concentré de dizaines de molécules, dont plusieurs sont des allergènes ou des substances restreintes. L'intégrer à un savon, un baume ou une crème impose donc les mêmes calculs qu'un parfum de synthèse — et quelques précautions en plus.

Une huile essentielle est un ingrédient parfumant comme un autre

Pour le règlement 1223/2009, l'étiquette « naturel » ne change rien. Une huile essentielle (HE) est un ingrédient déclaré sous son nom INCI botanique (par exemple Lavandula Angustifolia Oil, Citrus Limon Peel Oil) et évalué comme n'importe quelle matière première.

Trois conséquences pratiques :

  • ses constituants comptent individuellement : une HE de lavande apporte du linalool et de l'acétate de linalyle, une HE de citron du limonène et du citral ;
  • ces constituants sont soumis aux annexes du règlement (interdictions, restrictions) et à la déclaration des allergènes ;
  • l'HE elle-même est encadrée par les standards IFRA si elle sert à parfumer.

Les allergènes apportés par les huiles essentielles

C'est le point le plus sous-estimé. Le règlement (UE) 2023/1545 a porté la liste des allergènes de parfum à déclarer à plus de 80 entrées (voir la liste complète des allergènes). Deux types d'entrées concernent directement les HE :

  1. Les molécules qu'elles contiennent naturellement : linalool, limonene, geraniol, citral, eugenol, citronellol, coumarin…
  2. Certaines huiles essentielles en tant que telles, désormais allergènes à part entière. La liste inclut notamment les huiles de Cananga odorata (ylang-ylang), Lavandula, Mentha piperita (menthe poivrée), Eucalyptus globulus, Citrus limon (zeste de citron), Citrus aurantium bergamia (bergamote), Eugenia caryophyllus (clou de girofle), Pelargonium graveolens (géranium), Pogostemon cablin (patchouli), Santalum album (santal), le lemongrass ou encore l'huile de rose.

Les seuils ne changent pas : déclaration nominative au-delà de 0,001 % dans le produit fini non rincé, 0,01 % dans un produit rincé. Les produits mis sur le marché depuis le 31 juillet 2026 doivent appliquer la nouvelle liste ; l'ensemble des produits au 31 juillet 2028.

Comment calculer les allergènes apportés

Vous avez besoin de la déclaration d'allergènes du fournisseur : un document qui donne, pour le lot ou la référence d'HE, la teneur de chaque allergène réglementé. Le calcul est ensuite simple :

teneur dans le produit fini = teneur dans l'HE × taux d'incorporation de l'HE

Exemple illustratif : une HE de lavande à 30 % de linalool, incorporée à 1 % dans une crème non rincée, apporte 0,30 % de linalool. C'est 300 fois le seuil de 0,001 % : Linalool doit apparaître dans la liste INCI. Et comme l'HE de lavande figure elle-même dans la nouvelle liste, elle est déjà nommée dans l'INCI.

Additionnez les apports de chaque HE et de chaque autre ingrédient parfumant : si deux HE apportent du limonène, c'est la somme qui compte. Les teneurs varient d'une récolte à l'autre ; exigez une déclaration par référence et conservez-la dans le DIP.

Les allergènes les plus fréquents, HE par HE

À titre indicatif, voici les allergènes réglementés que l'on retrouve le plus souvent dans quelques HE courantes. Les teneurs réelles dépendent de l'origine, du chémotype et du lot : seule la fiche du fournisseur fait foi.

Huile essentielle Allergènes typiquement présents
Lavande vraie Linalool, limonene, geraniol
Citron (zeste) Limonene, citral, linalool
Bergamote Limonene, linalool, citral
Ylang-ylang Linalool, benzyl benzoate, benzyl salicylate, geraniol, farnesol, isoeugenol
Géranium rosat Citronellol, geraniol, linalool
Clou de girofle Eugenol
Cannelle (écorce) Cinnamal, eugenol, linalool

Deux conséquences pratiques. D'abord, une formule « naturelle » à cinq HE affiche souvent plus d'allergènes qu'un parfum de synthèse. Ensuite, un changement de lot ou de fournisseur peut faire apparaître ou disparaître un allergène au-dessus du seuil : l'étiquette doit suivre.

Chémotype, qualité et oxydation

Le nom botanique ne suffit pas. Un thym à thymol et un thym à linalol n'ont ni la même composition ni le même profil de risque. Précisez le chémotype et l'origine dans le dossier. Autre point souvent négligé : certaines molécules comme le limonène ou le linalool s'oxydent au contact de l'air et deviennent plus sensibilisantes. Des HE bien stockées (flacon fermé, à l'abri de la lumière et de la chaleur) et, si nécessaire, un antioxydant dans la formule font partie des éléments que l'évaluateur appréciera.

Les constituants interdits ou restreints (annexes II et III)

Plusieurs molécules présentes dans les HE sont encadrées par les annexes du règlement :

  • les furocoumarines (présentes notamment dans les essences d'agrumes pressées à froid comme la bergamote) figurent à l'annexe II, sauf teneur normale dans les essences naturelles ; dans les produits solaires et bronzants, elles doivent rester sous 1 mg/kg ;
  • d'autres constituants sont limités par l'annexe III, avec des concentrations maximales par type de produit (c'est le cas du méthyleugénol, présent dans certaines HE de laurier, de basilic ou de rose).

Vérifiez chaque constituant listé sur la fiche de composition dans la base CosIng. Une HE « pure et naturelle » peut faire dépasser une limite de l'annexe III à elle seule.

Ce que dit l'ANSM : recommandations à connaître

L'ANSM (ex-Afssaps) a publié plusieurs recommandations sur le sujet. Elles ne sont pas des règlements, mais un évaluateur de la sécurité ne peut pas les ignorer.

Document Ce qu'il prévoit
Produits cosmétiques à base de terpénoïdes (Afssaps, août 2008) Ne pas incorporer de camphre, eucalyptol ni menthol dans les cosmétiques destinés aux moins de 3 ans (hors traces inévitables, plafonnées) ; pour les 3-6 ans, maximum 0,15 % de camphre, 1,12 % d'eucalyptol, 4,5 % de menthol, et 4,5 % pour la somme des trois. S'applique quelle que soit l'origine des substances, donc aussi aux HE qui en contiennent (eucalyptus, romarin à camphre, menthe…). Motif : des convulsions rapportées chez le jeune enfant.
Évaluation du risque lié à l'utilisation des huiles essentielles dans les produits cosmétiques (Afssaps, 2010) Méthode d'évaluation : composition qualitative et quantitative aussi exhaustive que possible, sensibilisation, phototoxicité pour les produits exposés au soleil, population cible.
Cosmétiques destinés aux enfants de moins de trois ans (Afssaps, 2010) Spécificités de l'évaluation pour cette population (peau, surface, comportements).

Deux précisions utiles :

  • Femmes enceintes : aucune recommandation cosmétique de l'ANSM ne fixe de liste d'HE interdites. En revanche, si votre produit cible la grossesse (huile anti-vergetures, par exemple), l'évaluateur doit intégrer cette population. Les pouvoirs publics déconseillent de façon générale les HE aux femmes enceintes et allaitantes et aux jeunes enfants.
  • HE photosensibilisantes : les essences d'agrumes pressées (bergamote, citron, citron vert, orange amère) et certaines HE (angélique) contiennent des furocoumarines. Évitez-les dans les produits appliqués sur la peau exposée, ou choisissez des qualités « sans furocoumarines » (bergaptène retiré), et faites-le apparaître dans le CPSR.

Pour les produits bébé, voir aussi cosmétique bébé et enfant.

IFRA : la dose maximale par catégorie

Les standards IFRA fixent, pour de nombreuses matières parfumantes (y compris des HE et leurs constituants), des doses maximales par catégorie de produit : lèvres, visage non rincé, corps, produits rincés… Ils visent la sensibilisation, la phototoxicité et la toxicité systémique.

Ce n'est pas une loi, mais le certificat IFRA de votre fournisseur est la pièce attendue dans le DIP pour justifier la dose de parfum. Le 51e amendement est aujourd'hui pleinement applicable aux créations existantes (restrictions depuis le 30 octobre 2025). Tout le détail dans le certificat IFRA.

Le dosage à justifier dans le CPSR

Le règlement ne fixe pas de plafond global pour « les huiles essentielles ». La dose acceptable résulte de la combinaison :

  1. des limites de l'annexe III sur chaque constituant ;
  2. de la dose IFRA de la catégorie de votre produit ;
  3. de l'évaluation toxicologique : exposition systémique (SED), marge de sécurité, potentiel sensibilisant, population cible, zone d'application.

Le CPSR doit expliquer ce choix, HE par HE. Un baume à lèvres, un soin visage et un gel douche n'ont pas le même plafond pour la même HE. Et une formule qui cumule cinq HE cumule aussi leurs allergènes.

Étiquetage : ce qui apparaît sur le produit

  • L'HE sous son nom INCI, à son rang dans la liste (ordre décroissant au-delà de 1 %).
  • Les allergènes au-delà des seuils, nommés individuellement (voir étiquetage des allergènes).
  • Les mises en garde imposées par l'annexe III pour certains constituants, le cas échéant.
  • Pas d'allégation thérapeutique (« apaise les douleurs », « antiviral ») : elle ferait basculer le produit vers le médicament.

Un point pratique : si vous déclarez l'HE sous son nom INCI, n'ajoutez pas « Parfum » pour la même HE. Réservez « Parfum » aux compositions parfumantes.

Ce que CosReglo fait pour vous

Vous saisissez vos HE avec leur taux d'incorporation : CosReglo calcule les allergènes et constituants réglementés dérivés de chaque HE (citral, limonène, linalool, méthyleugénol…), à partir de la composition du lot (bulletin d'analyse du fournisseur) ou, à défaut, de la valeur haute d'un référentiel de compositions typiques. Il additionne les apports sur toute la formule, les compare aux seuils rincé / non rincé et aux limites des annexes, et réclame le certificat IFRA dans la liste des pièces du DIP en ligne. La justification finale du dosage reste celle de l'évaluateur de la sécurité.

Questions fréquentes

Faut-il déclarer les huiles essentielles sur l'étiquette d'un cosmétique ?

L'huile essentielle apparaît dans la liste INCI sous son nom botanique (ex. Lavandula Angustifolia Oil). En plus, ses constituants allergènes (linalool, limonene, geraniol…) doivent être nommés s'ils dépassent 0,001 % dans un produit non rincé ou 0,01 % dans un produit rincé.

Quel est le dosage maximum d'huile essentielle dans un cosmétique ?

Il n'existe pas de plafond unique fixé par le règlement 1223/2009. La dose maximale découle des restrictions de ses constituants (annexe III), des standards IFRA pour la catégorie de produit et de l'évaluation de la sécurité (CPSR), qui doit la justifier.

Peut-on mettre des huiles essentielles dans un cosmétique pour enfant ?

Oui, mais avec prudence. L'Afssaps (devenue ANSM) recommande depuis 2008 de ne pas incorporer de camphre, d'eucalyptol ni de menthol dans les cosmétiques destinés aux moins de 3 ans (hors traces), et fixe des concentrations maximales pour les 3-6 ans.

Les huiles essentielles sont-elles interdites pour les femmes enceintes en cosmétique ?

Aucun texte cosmétique ne les interdit spécifiquement. Mais si le produit cible les femmes enceintes, l'évaluateur de la sécurité doit en tenir compte, et les autorités françaises déconseillent de manière générale l'usage des huiles essentielles pendant la grossesse et l'allaitement.

Une huile essentielle bio dispense-t-elle du calcul des allergènes ?

Non. Les allergènes sont des molécules naturellement présentes dans l'huile essentielle, quelle que soit sa certification. Une huile de lavande bio contient autant de linalool qu'une huile conventionnelle de même chémotype.