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PFAS en cosmétique : l'interdiction française depuis 2026

Mis à jour le 28 septembre 2026 · 7 min de lecture · Par l'équipe CosReglo

En bref. Depuis le 1er janvier 2026, la loi n° 2025-188 interdit en France de fabriquer, importer, exporter et vendre des cosmétiques contenant des PFAS. Le décret n° 2025-1376 fixe des seuils de traces : 25 ppb par PFAS, 250 ppb pour leur somme, 50 ppm polymères inclus. Les produits fabriqués avant 2026 pouvaient être écoulés 12 mois au plus.

Les PFAS, surnommés « polluants éternels », sont devenus en quelques années un sujet sanitaire majeur. La France a choisi d'aller plus vite que l'Europe : depuis le 1er janvier 2026, les cosmétiques contenant des PFAS sont interdits sur son territoire. Voici ce que dit le texte et comment vérifier vos formules.

Qu'est-ce qu'un PFAS ?

Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) forment une famille de plusieurs milliers de molécules. Leur point commun : des liaisons carbone-fluor extrêmement stables. C'est ce qui les rend utiles (résistance à l'eau, au gras, à la chaleur, bonne tenue) et problématiques : ils se dégradent très peu et s'accumulent dans l'environnement et les organismes.

La définition française reprend l'approche de l'OCDE : est un PFAS toute substance contenant au moins un atome de carbone méthyle (CF3–) ou méthylène (–CF2–) totalement fluoré, sans atome d'hydrogène, de chlore, de brome ou d'iode attaché à ce carbone.

Cette définition est très large. Elle couvre des polymères comme le PTFE, mais aussi des molécules qui ne portent qu'un seul groupement CF3.

Pourquoi on en trouve dans les cosmétiques

Les PFAS ont surtout été utilisés dans :

  • le maquillage longue tenue et « waterproof » (fonds de teint, mascaras, rouges à lèvres) ;
  • les poudres pour leur toucher glissant ;
  • certains soins et produits capillaires comme agents filmogènes ou émollients ;
  • les mousses et vernis à ongles pour la brillance et la résistance.

Les formules artisanales en contiennent rarement de manière volontaire. Le risque vient plutôt des bases prêtes à l'emploi, des poudres de texture et des matières premières techniques dont vous ne maîtrisez pas la composition exacte.

Les noms INCI à repérer

Nom INCI (exemples) Usage typique
PTFE (polytétrafluoroéthylène) Poudres, maquillage : toucher, glisse
Perfluorodecalin, Perfluorohexane Soins, vecteurs d'oxygène revendiqués
Polyperfluoroethoxymethoxy Difluoroethyl PEG Phosphate Filmogène, tenue
Perfluorononyl Dimethicone Silicone fluoré, maquillage
Trifluoropropyl Dimethicone Silicone fluoré, toucher et tenue
C9-15 Fluoroalcohol Phosphate Tensioactif fluoré
Methyl Perfluorobutyl Ether Solvant volatil

Règle de lecture : méfiez-vous des termes fluoro, perfluoro, polyfluoro, trifluoro, difluoro et PTFE. À l'inverse, un ingrédient fluoré inorganique n'est pas un PFAS : le Sodium Fluoride des dentifrices ou le Synthetic Fluorphlogopite (mica synthétique) ne contiennent pas de chaîne carbonée fluorée.

Votre liste INCI ne raconte pas tout : un PFAS peut aussi être présent comme impureté ou résidu de fabrication, sans figurer dans l'INCI. C'est précisément ce que visent les seuils de traces.

L'interdiction française

La loi n° 2025-188 du 27 février 2025 visant à protéger la population des risques liés aux PFAS a interdit, à compter du 1er janvier 2026, la fabrication, l'importation, l'exportation et la mise sur le marché de produits cosmétiques contenant des PFAS. Le même texte vise le fart et certains textiles d'habillement, les autres textiles étant concernés au 1er janvier 2030.

Le décret n° 2025-1376 du 28 décembre 2025 précise les modalités. Les produits ne sont pas considérés comme contenant des PFAS en dessous des seuils suivants :

Critère Seuil
Chaque PFAS, en analyse ciblée (hors polymères) 25 ppb (µg/kg)
Somme des PFAS ciblés (hors polymères) 250 ppb
Ensemble des PFAS, polymères inclus 50 ppm (mg/kg)
Fluor total Au-delà de 50 mg F/kg, le fabricant, l'importateur ou le distributeur doit être en mesure de prouver que ce fluor ne provient pas de PFAS

Écoulement des stocks : les produits fabriqués avant le 1er janvier 2026 pouvaient être mis sur le marché pendant 12 mois au plus après cette date. Autrement dit, à partir de janvier 2027, plus aucun cosmétique contenant des PFAS au-delà des seuils ne peut être vendu en France, quelle que soit sa date de fabrication.

Point important pour les marques qui exportent : l'interdiction couvre aussi l'exportation depuis la France.

Et au niveau européen ?

Il n'existe pas, à la date de rédaction, d'interdiction générale des PFAS dans les cosmétiques au niveau du règlement 1223/2009. Plusieurs PFAS sont en revanche déjà restreints au titre de REACH ou du règlement sur les polluants organiques persistants, ce qui peut concerner des impuretés dans vos matières premières.

Le cas le plus direct pour les cosmétiques est le PFHxA (acide perfluorohexanoïque), ses sels et les substances apparentées : le règlement (UE) 2024/2462 les restreint dans les cosmétiques mis sur le marché à partir du 10 octobre 2026, au-delà de 25 ppb pour la somme du PFHxA et de ses sels et de 1 000 ppb pour la somme des substances apparentées. Cette restriction s'applique dans toute l'UE, y compris pour vos ventes hors de France.

En parallèle, cinq pays européens (Allemagne, Danemark, Norvège, Pays-Bas, Suède) ont déposé à l'ECHA une proposition de restriction universelle des PFAS sous REACH. Son examen par les comités scientifiques de l'ECHA est en cours ; la décision finale reviendra ensuite à la Commission et aux États membres. Le périmètre, les éventuelles dérogations et les dates ne sont donc pas encore arrêtés. Pour une marque qui vend en France, la question est de toute façon réglée : l'interdiction nationale s'applique déjà.

Comment vérifier vos matières premières

Une démarche proportionnée pour une petite marque :

  1. Passez vos INCI au crible avec la liste de termes ci-dessus, formule par formule, y compris les composants des bases et des mélanges.
  2. Demandez une attestation « sans PFAS » à chaque fournisseur, faisant référence à la définition du décret (groupement CF3 ou CF2 totalement fluoré) et aux seuils de 25 ppb, 250 ppb et 50 ppm. Une attestation générique « PFAS free » sans définition ni seuil vaut peu.
  3. Identifiez les matières fluorées non-PFAS (fluorphlogopite, fluorures) : elles peuvent faire dépasser 50 mg F/kg en fluor total. Gardez dans votre dossier la preuve de leur nature inorganique (fiche technique, CAS, déclaration fournisseur).
  4. Faites analyser en cas de doute : une mesure de fluor total (souvent par combustion et chromatographie ionique) sert de dépistage, suivie si nécessaire d'une analyse ciblée des PFAS.
  5. Pensez aux emballages primaires : certains traitements de surface fluorés peuvent être une source de contamination du produit par migration. Interrogez votre fournisseur de flacons, pots et tubes sur l'absence de traitement fluoré.
  6. Archivez tout dans le DIP : attestations, analyses, décisions. En cas de contrôle, c'est ce dossier qui démontre votre diligence (voir DIP et contrôle DGCCRF).

Trois cas pratiques

« Mon fond de teint contient du PTFE. » Le PTFE est un polymère fluoré : il répond à la définition des PFAS et dépasse sans difficulté le seuil de 50 ppm s'il est ajouté volontairement. Le produit ne peut plus être vendu en France. Reformulez, par exemple avec des poudres de texture non fluorées, et vérifiez leur statut au regard des microplastiques.

« Ma poudre minérale contient du Synthetic Fluorphlogopite. » Ce mica synthétique n'est pas un PFAS. En revanche, une mesure de fluor total peut dépasser 50 mg F/kg. Conservez la documentation fournisseur qui établit sa nature inorganique : c'est elle qui vous permettra de démontrer que le fluor ne provient pas de PFAS.

« Je fabrique en France et je vends en Belgique. » L'interdiction française couvre aussi l'exportation depuis la France. Un produit fabriqué en France contenant des PFAS ne peut donc pas être expédié vers un autre pays, même si celui-ci ne l'interdit pas. Il faut reformuler la gamme, pas seulement la version vendue en France.

Que faire si un produit est concerné ?

  • Cessez la mise sur le marché du produit en France.
  • Reformulez en remplaçant l'ingrédient fluoré (souvent par des silicones non fluorés, des poudres minérales, des esters ou des cires selon la fonction).
  • Refaites les tests de stabilité et de compatibilité, faites mettre à jour le CPSR et la notification CPNP.
  • Évitez l'allégation « sans PFAS » comme argument distinctif : l'absence de PFAS est désormais une obligation légale en France, et la présenter comme un avantage propre peut constituer une pratique commerciale trompeuse (voir allégations environnementales).

Ce que CosReglo fait pour vous

CosReglo centralise votre formule, votre INCI et les pièces fournisseurs dans votre dossier produit, et la veille réglementaire vous signale les évolutions qui touchent vos ingrédients, dont le dossier PFAS européen. L'attestation des fournisseurs et, si nécessaire, l'analyse en laboratoire restent indispensables : CosReglo ne remplace ni l'une ni l'autre.

Questions fréquentes

Les PFAS sont-ils interdits dans les cosmétiques ?

En France, oui : depuis le 1er janvier 2026, la loi n° 2025-188 interdit la fabrication, l'import, l'export et la mise sur le marché de cosmétiques contenant des PFAS, au-delà des seuils de traces fixés par décret. Au niveau européen, une restriction générale est en cours d'examen à l'ECHA.

Comment reconnaître un PFAS dans une liste INCI ?

Cherchez les termes « fluoro », « perfluoro », « polyfluoro » ou « PTFE », par exemple PTFE, Perfluorodecalin, Polyperfluoroethoxymethoxy Difluoroethyl PEG Phosphate, Perfluorononyl Dimethicone ou Trifluoropropyl Dimethicone. La présence de fluor ne suffit pas : le fluorure de sodium, par exemple, n'est pas un PFAS.

Quels sont les seuils du décret PFAS ?

Le décret n° 2025-1376 fixe 25 ppb par PFAS mesuré en analyse ciblée, 250 ppb pour la somme des PFAS ciblés et 50 ppm pour l'ensemble des PFAS, polymères inclus. Au-delà de 50 mg de fluor total par kg, le fabricant doit prouver que ce fluor ne provient pas de PFAS.

Peut-on encore vendre un cosmétique contenant des PFAS fabriqué en 2025 ?

Les produits fabriqués avant le 1er janvier 2026 pouvaient être commercialisés pendant 12 mois au plus après cette date. Passé ce délai, ils ne peuvent plus être vendus.

Le fluorphlogopite est-il un PFAS ?

Non. C'est un minéral synthétique contenant du fluor, mais sans chaîne carbonée fluorée : il ne répond pas à la définition des PFAS. En revanche, il peut faire monter une analyse de fluor total, d'où l'intérêt de documenter son origine.