Exporter un cosmétique en Chine : CSAR, NMPA et tests animaux
La Chine reste l'un des premiers marchés cosmétiques au monde, et le « made in France » y garde une forte valeur. Mais c'est aussi le marché le plus administratif pour une petite marque. Depuis 2021, les règles ont changé en profondeur, y compris sur les tests animaux. Voici les principes à connaître avant d'engager des frais. Les textes chinois évoluent vite : faites toujours confirmer les détails par votre partenaire local.
Le cadre : le CSAR et la NMPA
Depuis le 1er janvier 2021, les cosmétiques relèvent en Chine du CSAR (Cosmetic Supervision and Administration Regulation), adopté par le Conseil des affaires d'État. Il a remplacé un texte de la fin des années 1980.
L'autorité compétente est la NMPA (National Medical Products Administration). Le CSAR est complété par une série de textes d'application sur l'enregistrement, l'étiquetage, les allégations, l'évaluation de la sécurité et les nouveaux ingrédients.
Comme en Europe, l'entreprise est responsable de la sécurité et de l'efficacité revendiquée de ses produits. Mais la Chine ajoute un contrôle avant la mise sur le marché, ce que l'UE ne fait pas.
Cosmétiques ordinaires ou spéciaux
Le CSAR sépare deux catégories, avec deux procédures :
| Catégorie | Produits concernés | Procédure |
|---|---|---|
| Cosmétiques spéciaux | colorations, permanentes, blanchissants et anti-taches, produits solaires, antichute, produits revendiquant une nouvelle efficacité | Enregistrement : autorisation préalable de la NMPA |
| Cosmétiques ordinaires | tous les autres (soins, nettoyants, maquillage, savons, shampoings…) | Déclaration (filing) avant importation |
Pour un cosmétique ordinaire importé, la déclaration se fait auprès de la NMPA avant la mise sur le marché. Pour un cosmétique spécial, il faut attendre la décision de l'autorité ; le certificat d'enregistrement est valable cinq ans.
Le dossier comprend notamment la formule complète avec les pourcentages, des informations de sécurité sur les matières premières, un rapport d'évaluation de la sécurité du produit, des rapports d'essais, le projet d'étiquette et, le cas échéant, les éléments justifiant les allégations d'efficacité. Depuis 2022, toute allégation doit être étayée (littérature, données de recherche ou essais d'efficacité). Un ingrédient absent de l'inventaire chinois des ingrédients existants est un nouvel ingrédient : il suit sa propre procédure et une période de surveillance.
Le responsable domestique : un partenaire obligatoire
Une marque étrangère ne peut pas déposer seule. Elle doit désigner un responsable domestique : une entreprise établie en Chine continentale, qui dépose les dossiers auprès de la NMPA, gère les relations avec les autorités, suit la cosmétovigilance et participe aux rappels.
Le choix de ce partenaire est stratégique : il accède à votre formule complète. Encadrez par contrat la confidentialité, la propriété des dossiers d'enregistrement et les conditions de changement de partenaire.
Les tests sur les animaux : ce qui a changé en 2021
Avant 2021, tout cosmétique importé en Chine par le circuit classique devait passer des tests toxicologiques sur animaux. C'était incompatible avec l'éthique de nombreuses marques et avec leurs allégations. Le CSAR a ouvert une exemption pour les cosmétiques ordinaires, applicable depuis le 1er mai 2021, à deux conditions cumulatives :
- le fabricant dispose d'un certificat de bonnes pratiques de fabrication délivré par l'autorité publique du pays où il est établi ;
- une évaluation de la sécurité démontre que le produit est sûr.
L'exemption ne s'applique pas aux produits destinés aux bébés et enfants, aux produits contenant un nouvel ingrédient encore sous surveillance, ni aux entreprises placées sous surveillance renforcée par les autorités chinoises. Les cosmétiques spéciaux restent soumis à des exigences d'essais toxicologiques propres. Si vous revendiquez une démarche sans tests sur les animaux, vérifiez ce point produit par produit avant de vous engager.
Obtenir le certificat BPF en France
Le certificat exigé par la Chine est un document public, pas un simple certificat privé. En France :
- de 2021 à début 2025, il était délivré par l'ANSM ;
- depuis le 1er avril 2025 (demandes ouvertes le 1er mars), c'est la DGCCRF qui délivre les certificats BPF export, via la téléprocédure Démarches simplifiées ;
- le demandeur doit déjà détenir un certificat de conformité à la norme ISO 22716 délivré par un organisme de certification indépendant ;
- le certificat DGCCRF est valable trois ans.
Autrement dit, la route passe par une certification ISO 22716 de votre site de fabrication ou de votre façonnier. Pour un artisan qui fabrique à domicile, c'est souvent la principale barrière.
L'e-commerce transfrontalier : la voie la plus légère
Il existe une seconde voie : l'e-commerce transfrontalier (cross-border e-commerce, CBEC). Le consommateur chinois achète sur une plateforme agréée, et le produit est importé comme un achat personnel.
Dans ce circuit, selon les praticiens du secteur :
- pas d'enregistrement ni de déclaration NMPA ;
- pas d'étiquette chinoise obligatoire sur le produit, les informations en chinois étant fournies sur la plateforme ;
- pas de certificat BPF ni de tests animaux au titre de la procédure NMPA.
En contrepartie, le produit doit figurer sur la liste positive des biens autorisés en CBEC, les achats sont soumis à des plafonds par transaction et par an et par consommateur, la vente passe par des plateformes agréées et des entrepôts sous douane, et ce circuit ne permet pas de distribuer le produit en magasin en Chine. C'est souvent le premier test de marché d'une petite marque, avant d'envisager la procédure complète.
L'étiquette chinoise
Pour la vente en circuit classique, l'étiquetage suit des mesures spécifiques, applicables depuis le 1er mai 2022. L'étiquette doit être en chinois et comporter notamment :
- le nom du produit en chinois ;
- le nom et l'adresse du titulaire, du responsable domestique et du fabricant ;
- le numéro d'enregistrement ou de déclaration ;
- la liste complète des ingrédients avec leurs dénominations chinoises standard ;
- le contenu net, la durée de conservation et les mises en garde.
Les allégations médicales sont interdites, et chaque allégation d'efficacité doit renvoyer à un justificatif.
Quelle voie choisir ?
| Critère | E-commerce transfrontalier | Cosmétique ordinaire (déclaration) | Cosmétique spécial (enregistrement) |
|---|---|---|---|
| Démarche NMPA | Aucune | Déclaration avant import | Autorisation préalable |
| Responsable domestique | Non, l'opérateur de la plateforme gère l'import | Oui | Oui |
| Étiquette chinoise | Non, informations sur la plateforme | Oui | Oui |
| Certificat BPF public | Non | Oui, pour l'exemption de tests animaux | Ne dispense pas des essais exigés |
| Circuits de vente | Plateformes agréées | Tous circuits | Tous circuits |
| Délai et budget | Les plus faibles | Intermédiaires | Les plus élevés |
Pour une petite marque, le chemin le plus fréquent consiste à tester la demande en e-commerce transfrontalier, puis à engager la déclaration des références qui se vendent. Les produits solaires et blanchissants, cosmétiques spéciaux, demandent un budget et des délais nettement supérieurs.
Checklist avant de se lancer
- Classer chaque produit : ordinaire ou spécial.
- Vérifier chaque ingrédient contre l'inventaire chinois des ingrédients existants et les listes de substances interdites ou restreintes.
- Choisir la voie : e-commerce transfrontalier ou circuit classique.
- Pour le circuit classique : désigner le responsable domestique, obtenir la certification ISO 22716 puis le certificat BPF export, adapter l'évaluation de sécurité, préparer l'étiquette chinoise.
- Revoir vos allégations : chaque effet revendiqué doit être justifié, et aucune allégation médicale n'est admise.
UE et Chine : ce qui se réutilise
Votre DIP européen n'est pas accepté tel quel, mais une bonne partie se réutilise :
- la formule et l'INCI, à convertir en noms chinois ;
- les données toxicologiques et la logique d'évaluation du CPSR, à reformater selon le guide chinois ;
- les tests de stabilité, de microbiologie et de compatibilité, parfois à compléter ;
- les justificatifs d'allégations.
Chaque marché hors UE a ses propres formalités, comme le montrent les États-Unis ou l'import hors UE.
Par où commencer
Commencez par un dossier européen propre et une formule sans ingrédient exotique : c'est la matière première de tout dossier chinois. CosReglo génère votre DIP (formule, INCI, CPSR A et B), base de travail pour votre responsable domestique. Les démarches chinoises (déclaration NMPA, certificat BPF, étiquette chinoise) restent à mener avec un partenaire local, et la marque reste responsable de ses produits.
Questions fréquentes
Faut-il tester sur les animaux pour vendre un cosmétique en Chine ?
Plus systématiquement. Depuis 2021, un cosmétique ordinaire peut être exempté s'il dispose d'un certificat BPF délivré par les autorités du pays de fabrication et d'une évaluation de sécurité. Les produits pour enfants, ceux contenant un nouvel ingrédient sous surveillance et les cosmétiques spéciaux ne sont pas concernés par cette exemption.
Comment obtenir le certificat BPF pour la Chine en France ?
Depuis avril 2025, c'est la DGCCRF qui délivre les certificats BPF export, via Démarches simplifiées. Il faut déjà détenir un certificat ISO 22716 émis par un organisme de certification indépendant. Le certificat est valable trois ans.
Peut-on vendre en Chine sans enregistrement NMPA ?
Oui, par l'e-commerce transfrontalier (cross-border) : les produits sont alors traités comme des achats personnels importés, sans enregistrement ni déclaration NMPA et sans étiquette chinoise, dans les limites fixées par les autorités chinoises.
Quelle différence entre cosmétique ordinaire et spécial en Chine ?
Les cosmétiques spéciaux sont les colorations, permanentes, produits blanchissants ou anti-taches, solaires, antichute et ceux revendiquant une nouvelle efficacité. Ils exigent un enregistrement préalable. Tous les autres sont ordinaires et font l'objet d'une simple déclaration.
Qu'est-ce que le responsable domestique en Chine ?
C'est une entreprise établie en Chine continentale, désignée par la marque étrangère, qui dépose les dossiers auprès de la NMPA, coopère avec les autorités et répond de la conformité des produits importés.